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politique diplomatie défense USA Venezuela Colombie,PREV 12 Eylül 2019 - 18:26

Les Etats-Unis invoquent un texte de la Guerre froide face au Venezuela (ENCADRE) Paris, 12 sept 2019 (AFP) - Le Traité interaméricain d'assistance réciproque (TIAR) invoqué jeudi par Washington à l'encontre du Venezuela est un texte hérité de la Guerre froide qui pourrait légitimer une intervention militaire dans ce pays mais qui est loin de faire l'unanimité en Amérique latine. Les Etats-Unis ont invoqué ce traité régional de coopération militaire, qui les lie à 16 pays d'Amérique latine, en réponse aux exercices militaires ordonnés par le président vénézuélien Nicolas Maduro le long de la frontière avec la Colombie. Ce texte, signé en 1947 à Rio, prévoit de manière comparable à l'article 5 du traité fondateur de l'Otan une assistance mutuelle en cas d'attaque militaire lancée de l'extérieur contre l'un de ses signataires. "Les Américains ont commencé à dire, dans ce qu'ils considéraient comme leur arrière-cour, +un pour tous, tous pour un+. C'est ce que l'Otan, à une autre échelle, a ensuite réalisé", relève Guillaume Long, chercheur associé à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) à Paris et ancien ministre des Affaires étrangères de l'Equateur. Le TIAR - ou Pacte de Rio - a été invoqué une vingtaine de fois depuis sa signature, mais n'a été jamais appliqué parce qu'il n'y a "jamais eu de consensus entre ses membres pour aller dans une même direction", relève le chercheur. En 1982, l'Argentine l'invoqua lors de la guerre des Malouines contre la Grande-Bretagne, mais les Etats-Unis choisirent alors d'apporter leur soutien à leur allié traditionnel en Europe. Quand Washington sonna la mobilisation générale contre les talibans en Afghanistan, après les attentats du 11 septembre 2001, il essuya à son tour une fin de non recevoir d'une partie de l'Amérique latine, Chili et Mexique en tête. Plusieurs pays signataires - dont la Bolivie, l'Equateur, le Mexique, et le Nicaragua - se sont en outre retirés du TIAR, vilipendé comme un outil d'influence des Etats-Unis en Amérique latine. "Vu qu'il n'a jamais été appliqué, c'est un signal de faiblesse plutôt que de force de l'invoquer dans le cas du Venezuela. Cela montre la division de l'Amérique latine" vu que les Etats signataires n'ont jamais été capables de s'accorder, pointe Guillaume Long. Lors d'une session mercredi du conseil permanent de l'Organisation des Etats américains (OEA), onze pays ont voté pour l'activation de l'organe de consultation du TIAR, mais le Costa Rica, Panama, le Pérou et Trinité et Tobago se sont abstenus. L'Uruguay a de son côté estimé que la situation actuelle au Venezuela ne justifiait pas l'activation du traité. "Cela montre que les pays latino-américains n'ont pas vraiment envie d'un conflit militaire dans leur région", déjà secouée par la fuite de 3,6 millions de Vénézuéliens de leur pays depuis 2016 selon l'ONU, considère le chercheur de l'IRIS. L'invocation du TIAR ressemble plutôt selon lui à de "la gesticulation politique, diplomatique des Etats-Unis pour essayer d'isoler un peu plus" le régime du président Maduro. En janvier, le président de l'Assemblée nationale et chef de file de l'opposition, Juan Guaido, s'est autoproclamé président par intérim. Il a été reconnu dans la foulée par une cinquantaine de pays, des Etats-Unis à l'Europe, sans pour autant parvenir à évincer le dirigeant socialiste. vl/fz/thm

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